14 questions pour Simon Robitaille

Simon Robitaille

Depuis quelques semaines, nous avons une nouvelle série d’entrevues avec des créateurs de contenu et des entrepreneurs. Aujourd’hui, nous avons décidé de vous présenter une entrevue avec un entrepreneur important dans le paysage musical canadien. Avec son entreprise Taxi Promo, il a réussi à développer les carrières de plusieurs artistes. Grâce à lui, on peut entendre la musique de plusieurs musiciens sur les ondes radiophoniques. Voici une entrevue avec un gars qui influence ce qu’on écoute : Simon Robitaille.

 

Tu viens de quelle région? 

Je suis originaire de St-Thomas de Joliette, un village de la région de Lanaudière mais j’ai également habité pendant mon adolescence à Lavaltrie, une petite ville pour laquelle j’ai beaucoup d’affection.

 

Quand as-tu créé l’entreprise Taxi Promo et pourquoi? 

J’ai fondé ma petite entreprise en janvier 2007. J’étais à cette époque à la recherche d’un emploi dans le milieu culturel. J’avais terminé en 2005 mes études à l’École du Show Business et j’avais jusqu’alors eu des emplois de courte durée en promotion et soutien à la gérance pour des entreprises comme Buzz Communications, les Disques Passeport et aussi aux côtés du gérant de Patrick Norman, Daniel Bélanger. J’ai eu une opportunité de faire la promotion à l’époque, à mon propre compte (Martine St-Clair, Alfa Rococo, Antoine Gratton, Patrick Norman…). C’était le moment ou jamais de m’enregistrer officiellement et de créer ma boite, Taxi Promo !

 

Est-ce que l’entreprise a changé depuis ses débuts? 

Beaucoup. À l’époque, je travaillais en solo du sous-sol de la maison de mes parents. Je ne faisais que du pistage radio à ce moment. Depuis, j’ai mon bureau sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal, j’ai deux employées que j’adore (Ariane et Élysabeth) et le bureau fait maintenant, en plus du pistage radio, des relations de presse, de la gérance et de la direction artistique d’album et de spectacles.

 

Aujourd’hui, tu t’occupes de la carrière de quels artistes? 

J’ai presque toujours eu une vingtaine d’artistes à la fois avec qui je travaille pour la promotion radio. C’est toujours un plaisir de travailler avec de nouveaux artistes ambitieux. Par contre, en gérance, j’ai un nombre d’artistes plus restreint car la gérance occupe beaucoup de temps. Présentement, je gère la carrière de Mélissa Bédard, François Lachance et Maxime McGraw. Auparavant, j’ai aussi géré les carrières de Bruno Labrie et de Joannie Benoit.

 

Tu sembles avoir une bonne chimie avec certains artistes comme Mélissa Bédard. Est-ce qu’être responsable de la carrière d’un artiste va au-delà des transactions financières? Est-ce que l’amitié joue un rôle important? 

L’amitié est importante, oui, mais la confiance l’est encore plus. Bien au-delà des négociations financières. Je travaille à conseiller mes artistes sur leur plan de carrière, sur les choix qu’ils doivent faire, sur la direction artistique de leurs projets et tellement plus. Parfois, même si la chimie entre les artistes que je gère et moi est précieuse, on ne parle évidemment pas toujours la même langue. On se dispute parfois, on se parle fort et on soupire ! Heureusement, la majorité du temps, on rit beaucoup ensemble et on est fiers du travail accompli ! Je les taquine souvent ils ont beaucoup de plaisir à me rendre la pareille!

 

De nos jours, avec les grands changements dans l’industrie musicale qui s’opèrent depuis l’avènement du numérique, comment un artiste peut gagner sa vie? 

C’est vraiment avec les spectacles qu’un artiste peut gagner sa vie. Il ne faut malheureusement plus se fier aux ventes d’albums. Il est évidemment plus intéressant pour eux, lorsqu’ils peuvent le faire, d’écrire leurs chansons et de produire leurs albums car les droits d’auteurs et de producteurs leur permettent souvent de renflouer leurs coffres, fort heureusement ! Mais c’est jamais gagné d’avance. Une carrière est un gambling et les carrières durables se font rares. Il faut être très têtu et persévérant pour percer et avoir une forte personnalité pour durer.

 

 

Est-il encore possible de vendre des albums ou tout ira éventuellement vers les singles en ligne qu’on écoute sur des plateformes de streaming? 

À mon avis, les ventes d’albums dans les magasins, c’est presque devenu « vieux jeu » que d’en parler. Le « disque » est davantage devenu un item à vendre lors des spectacles. Les gens sont heureux de l’acheter après avoir entendu l’artiste performer. Ils ont l’impression de ramener un petit souvenir avec eux de cette soirée qu’ils ont aimée et en bonus, ils peuvent le faire autographier! On donne souvent mauvaise réputation aux plateformes numériques, les accusant de la faible rémunération qui est versée aux créateurs. Toutefois, le streaming est une occasion inouïe pour les artistes de se faire voir par un public tellement large, d’agrandir leur bassin de fans et ainsi, faire davantage de spectacles. Tout ça, à condition d’être bien chapeauté par une équipe de distribution numérique efficace qui travaillera à ce que les chansons de l’artistes se retrouvent sur les listes de lecture les plus populaires. Il faut s’y faire : le temps où on passait des heures chez le disquaire à fouiller dans les bacs est révolue. Quel plaisir pour le consommateur, maintenant, de retrouver une bibliothèque infinie sur son téléphone mobile!

 

Est-il plus facile aujourd’hui d’exporter les artistes francophones en Europe qu’auparavant? 

Il y a plusieurs festivals européens qui donnent une chance à des artistes folk ou de musique spécialisée mais il faut appartenir à des critères bien précis. Si l’artiste a un accent fort, un français plus « joual » et une identité musicale propre, il risque d’avoir plus de chances de percer là-bas. C’est ironiquement bien contraire aux années 90 et 2000 où les interprètes devaient avoir une voix puissante et chanter dans un français dit « international ». Est-ce plus facile ? C’est relatif. Plusieurs artistes franco-canadiens réussissent à jouer sur le vieux continent mais très peu réussissent à développer une carrière adéquatement.

 

Plusieurs artistes nous écrivent pour recevoir des conseils pour passer à la radio ou bien être « booker » dans des salles de spectacle. Qu’est-ce que tu leur conseilles?

Je leur conseille de bien s’entourer à prime abord. De prendre les conseils des professionnels, oui, mais surtout d’écouter ce qui tourne à la radio pour mieux trouver sa niche. De nos jours, trouver un agent de spectacles, c’est extrêmement difficile. Il faut souvent avoir une carrière bien développée pour réussir à en trouver un qui aura des résultats viables. Pour y arriver, il ne faut pas hésiter à prendre des risques et produire nous-mêmes nos spectacles et louer les salles. Il faut trouver un maximum d’occasions de se faire voir et agrandir son bassin de fans (Scènes partagées, spectacles bénéfices, premières parties etc..). C’est pas toujours très payant mais ça aide à se faire aimer et apprécier des diffuseurs pour qu’ils nous rappellent par la suite pour un spectacle plus officiel.

 

Parle-moi un peu du Rétroshow. 

Le Rétroshow est un projet qui m’est très cher depuis quelques années. Lorsque j’étais plus jeune, j’assistais ma mère qui dirigeait une chorale populaire dans ma région. À quelques reprises, leurs spectacles avaient des thématiques « rétro » et grâce à elle, j’ai connu et apprécié le répertoire 60’s très jeune. La ville de Longueuil m’a demandé en 2007 de faire la mise en scène d’un spectacle avec des chansons francophones des années 60 avec quelques artistes de mon choix. J’avais carte blanche sur les chansons. J’ai eu beaucoup de plaisir. J’ai choisi alors de travailler des artistes de talent qui avaient l’aisance de chanter presque n’importe quoi et qui me faisaient une confiance absolue dans cette aventure : Mélissa Bédard, Natalie Byrns, Dominic Dagenais, Francis Gallant, Audrey Gagnon, Mike Lee et Olivier Morissette qui assure la direction musicale du spectacle avec trois autres musiciens exceptionnels (Stéphane Héroux, Bob Millaire et Philippe Rose). Depuis, nous sommes partis en tournée avec ce spectacle et deux autres artistes se sont joint à la troupe : Joël Lemay et Élysabeth Rivest. Ce spectacle-là est rempli de soleil. Ce sont toutes des chansons qu’on a plaisir à fredonner et qui ont traversées les générations. On peut y entendre des succès de Pierre Lalonde, Michèle Richard, Joël Denis, Donald Lautrec, Les Classels, Les Baronnets, Dominique Michel et tellement d’autres !

 

Parle-moi des Jeudis Taxi. 

Les Jeudis Taxi O103,5, c’est un concept de spectacles que j’ai élaboré en partenariat avec la radio O103,5 à Joliette et le Café culturel de la Chasse-galerie, une petite salle intimiste de Lavaltrie. Depuis 6 ans et ce, à tous les mois, on retrouve 5 à 6 artistes différents à chaque fois. Ceux-ci se retrouvent sur la scène en même temps à partager leurs chansons entre eux, à collaborer souvent mais aussi à écouter l’univers des autres. On présente ce spectacle de type « cercle d’auteurs » en soirée à la Chasse-galerie et dans le jour, je suis en tournée avec les artistes et on rend visite à la radio pour une entrevue mais aussi dans une école secondaire pour rencontrer les jeunes pour leur démontrer que la musique a encore une valeur et qu’il fait bon de découvrir de nouveaux talents. En après-midi on visite aussi une résidence pour personnes retraitées. Ces gens-là ont tellement dépensé d’argent pour des disques, microsillons, cassettes, spectacles à travers les années! C’est bon d’arriver et de leur montrer la relève! Ceci dit, ce projet a été brouillé d’un gros nuage noir samedi. Un grave incendie a ravagé la Chasse-galerie. On est bien triste. On travaille toutefois actuellement avec eux pour relocaliser rapidement l’événement pour les mois à venir, le temps qu’ils se remettent sur pied!

 

De ton côté, quel est selon toi le meilleur album francophone canadien de tous les temps et pourquoi? 

Ouch ! Quelle question difficile. Tout est une question de génération, de goût, de souvenirs reliés au disque en question. Ça change souvent. J’aurais tendance à dire « D’eux » de Céline Dion ou encore « Jaune » de Jean-Pierre Ferland par esprit de cohérence historique. Toutefois, dans mes goûts personnels, les albums « Le cours des jours » de Dumas et « Sur le fil » de Stéphane Lapointe m’ont particulièrement marqués. Ils ont une ambiance particulière, ce sont des disques qui m’ont amené à élargir mes horizons. Avant ça, j’écoutais presque seulement des artistes pop qui tournaient à la radio commerciale. J’en écoute encore mais j’aime davantage les albums plus atmosphériques.

 

Quels artistes aimes-tu en ce moment? 

Pour ne pas faire de jalousie, je ne te nommerai aucun des artistes avec lesquels je travaille! Je les aime, bien évidemment, sans quoi, je n’aurais pas accepté d’être dans leur équipe! Donc, en toute objectivité, je dois admettre que j’ai un gros coup de cœur actuellement pour Jérôme 50, pour les Trois Accords, Émile Bilodeau, Caroline Savoie, Sara Dufour, Antoine Lachance…  J’écoute vraiment beaucoup d’artistes francophones. Présentement, j’écoute aussi la trame sonore de Moulin Rouge, version « Broadway ». Je suis allé voir ce spectacle en avant-première à Boston l’an dernier et j’avais CA-PO-TÉ ! J’y retourne pour mon anniversaire en octobre prochain avec des amies mais cette fois, ce sera à New York! J’ai beaucoup trop hâte!

 

Est-ce qu’il y a un artiste francophone que tu aimerais voir un jour en spectacle? 

Sincèrement, j’ai eu la chance de voir tellement d’artistes depuis que je travaille dans le milieu du spectacle. Je suis HYPER privilégié. Mais bon, je vais te faire une confession. Je rêve de voir sur scène Julie Masse. C’est un plaisir coupable. J’avais 10 ou 11 ans je crois lorsqu’elle a cessé de faire carrière officiellement et je n’ai jamais eu l’opportunité de la voir sur scène. Récemment, la série d’émissions balado « Pourquoi Julie » d’Émilie Perreault m’a fait réaliser que j’aimerais vraiment, vraiment, qu’un jour elle revienne sur scène pour interpréter ses grands succès et de nouvelles chansons, pourquoi pas ! Je peux bien rêver !

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