Mylène Desbiens, la passion de la photographie

Mylène Desbiens

Chez FrancoMusique, nous ne sommes que deux personnes, une qui écrit, fait les entrevues et puis l’autre qui prend les photos et les vidéos. Il y a quelques semaines, nous avons décidé de donner la tâche à une photographe de nous prendre en photo, de capturer l’essence de FrancoMusique, un projet père-fille. Mylène Desbiens nous a suivi pendant quelques heures et a pris plusieurs photos, des photos que nous avons grandement appréciées. Aujourd’hui, nous avons décidé de vous présenter cette jeune femme qui est absolument magnifique comme photographe mais aussi comme personne.

 

Tu viens de quelle région?

Je suis originaire d’un tout petit village dans le nord de l’Ontario nommé Verner. C’est un village agricole où j’ai passé mon enfance sur des fermes, à faire des tâches typiques reliées à ce genre de vie : traire les vaches, faire les foins, vendre du maïs. Même si je n’ai pas grandi sur une ferme en tant que tel, on dirait que dans un tel village, tu finis par prendre part à ces tâches de toute manière! Je suis maintenant à Ottawa depuis 2016. Je ne pensais jamais devenir « une fille de ville », mais je n’ai aucun regret d’avoir fait le grand saut, même si mon village natal occupera toujours une grande place dans mon cœur.

 

Tu fais de la photo depuis combien de temps?

J’ai eu mon premier appareil en 2010. Donc, depuis maintenant 9 ans, je fais de la photo quotidiennement. Toutefois, je suis devenue plus sérieuse en 2015. Suite à l’encouragement de certaines personnes clés dans ma vie, entre autre mon conjoint, Patrick, j’ai décidé de m’y mettre vraiment. C’est à ce temps que j’ai vraiment exploré mes buts et mes objectifs par rapport aux images que je voulais créer.

 

Quelles sont tes spécialités en photo?

Je ne sais pas si c’est une spécialité en tant que tel, mais j’aime beaucoup faire des portraits. Photographier des gens dans divers contextes, de façon instantanée, sans pose préétablie est ma façon préférée de faire des photos traditionnelles. Je dis traditionnelles puisque ma véritable passion réside dans des photos montées (stager) avec une atmosphère très lugubre, gothique mélangée à un brin de terreur. Étant quelqu’un d’assez peureuse, l’idée de recréer mes peurs par l’entremise de photos me permet de me rappeler que tout est illusion dans ce monde. Il ne faut pas laisser les images que nous voyons ou imaginons nous effrayer; il faut leur faire face et les reconquérir. « All photographs are accurate. None of them is the truth. » comme l’a bien dit Richard Avedon.

 

Est-ce que tu aimes faire de la photo dans des événements musicaux? Quels sont les défis?

Photographier des événements musicaux occupe une très grande place dans mon développement en tant que photographe. C’est vraiment dans ce milieu que j’ai commencé à explorer davantage l’art de la photographie. En fait, c’est en photographiant le groupe de musique de mon conjoint, The Great Diversion, que j’ai vraiment commencé à explorer le côté plus expérimental de la photo. J’avoue que ce n’était pas toujours facile! Photographier un show dans une scène sombre avec des gars qui sautent partout sur scène s’avère un vrai challenge! Je préfère de la photographie sans flash mais cela entraîne des défis par rapport aux prises que je peux faire. Avec un flash, c’est beaucoup plus facile de figer un moment, puisque ton appareil photo ne cherche pas la lumière; on l’a créée artificiellement. Sans flash, l’appareil travaille un peu plus fort et des fois, les résultats ne sont pas ce qu’on souhaite!

 

Qu’est-ce qu’une bonne photo d’un événement pour toi?

L’authenticité. Ma citation préférée par rapport à la photographie est « Don’t shoot what it looks like. Shoot what it feels like. »  de David Alan Harvey. Il faut raconter une histoire à l’aide d’une photo. Elle doit créer une émotion pour celui ou celle qui la regarde. Si on est capable de recréer l’émotion ressenti au moment de la prise de photo; on a accompli notre travail.

 

FrancoMusique

 

Quel est le défi quand on photographie un mariage? 

Les téléphones cellulaires et les caméras des autres! Sérieux, tellement de photos sont ruinées par un quelqu’un qui sort dans l’allée pour prendre une photo ou lors des discours, les gens qui se lèvent pour venir prendre des photos. La meilleure façon d’aider votre photographe afin d’avoir le meilleur résultat possible c’est d’encourager vos invités à ranger leurs appareils.

 

Quel est le secret d’une bonne photo, la caméra ou le photographe?

Le photographe. Sans aucun doute. Depuis que je fais de la photo, j’achetais toujours le même équipement que mes photographes préférés afin d’obtenir les mêmes résultats et à chaque fois, j’étais déçue. Peu importe le montant d’équipement que j’avais, je n’arrivais jamais à recréer des images du même calibre. Ce n’est que tout récemment que j’ai compris que l’équipement ne fait aucun miracle. C’est l’œil du photographe et le temps que celui ou celle-ci passe en post-production sur les prises qui rendent les images ce qu’elles sont. On ne prend pas une photo, on crée une photo.

 

Tu fais de la photo avec un film. Pourquoi faire ceci à l’ère numérique?

Ça me rappelle de ne pas être trigger happy avec ma caméra. Aujourd’hui, c’est tellement facile de prendre 25-30 photos du même sujet pour ensuite s’en rendre compte qu’il n’y en aucune de bonne. On prend pour acquis des fois qu’en en prenant 25 il y en aura quelques-unes de bonnes, mais le secret c’est de prendre notre temps et d’en prendre une qu’on a bien composée. La photographie analogue me rappelle cela. J’aime aussi devoir attendre pour mes résultats. Dans un monde où tout est instantanée, la photographie analogue me rappelle d’être patiente, d’apprécier un résultat, même si ça prend un certain temps à le voir.

 

Tu m’as dit que tu écoutais les albums de CANO quand tu étais jeune. Tu as donc grandi avec une identité Franco-Ontarienne?

Oh que oui ! Dans ma maison la musique francophone était de taille. On écoutait toujours de nos artistes franco-ontariens soit Chuck Labelle, Lise Paiement, Robert Paquette, CANO, Garolou ou Deux Saisons. De temps à autre, nos voisins québécois, La Bottine souriante, Mara Tremblay, Martin Deschamps, Beau Dommage ou Les Colocs ainsi que ceux à l’international tel que Zachary Richard. Mes parents, Robert et Jocelyne, ont ancré en moi la fierté de ma langue. À 6 ans, je vivais ma première Nuit sur l’étang et par la suite mes parents ont continué à me faire découvrir d’autres festivals et artistes francophones. À 11 ans, sur ma porte de chambre, j’avais collé le drapeau franco-ontarien. Bref, ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui je suis enseignante de Français. J’ai eu la chance d’être entourée toute ma vie de gens qui respectait cette passion chez moi, même s’il ne la partageait pas, j’ai également été entourée de mentors (Marie-Josée Sylvestre et Lisa Dumont!) qui m’ont encouragées de continuer de vivre en français comme je le faisais et d’être fière de ma langue et de mon héritage culturel.

 

Mylène Desbiens
The Great Diversion (Marc-Antoine Joly et Patrick Harrison) par Mylène Desbiens.

 

Que représente le groupe CANO pour toi?

Pour moi, CANO représente l’émergence de l’identité franco-ontarienne. J’ai deux tantes, Diane Dauphinais et Henriette Dauphinais, qui connaissait très bien les membres du groupe de CANO. Ma tante Diane a tourné un film avec André Paiement, ma tante Henriette elle se spécialisait en photo et a souvent posé le groupe lors de divers spectacles. Donc, pour moi CANO c’est beaucoup plus qu’un groupe de musique: c’est une coopérative qui a touché le cheminement artistique des membres de ma famille. Pour moi, la perte d’André Paiement reste une des grandes tragédies de l’Ontario français. Je crois que cet homme aurait pu créer des choses incroyables s’il serait resté parmi nous. Nous n’avons qu’à regarder tout ce qu’il a accompli alors qu’il y était.

 

D’après toi, est-ce que les jeunes en Ontario français écoutent de la musique francophone?

J’ose croire que oui. Les événements comme les Jeux Franco-Ontariens, la Nuit sur l’étang, le Festival Franco me porte à croire qu’il y a toujours un intérêt chez la jeunesse pour nos artistes franco-ontariens. Peut-être c’est mon côté pédagogue qui ressort, mais je crois que la pédagogie culturelle devrait occuper une plus grande place au sein de nos écoles. L’amour de la musique francophone ce n’est pas seulement acquis, ça se transmet aussi. Lorsque je suis en salle de classe, je m’assure toujours d’avoir de la musique francophone qui joue en arrière-plan. Après quelques temps, je me rends comptes que mes élèves et apprenants écoute cette musique par eux-mêmes. Dans ces temps-là, je me sens comme si j’ai gagné une bataille.

 

Qui écoutes-tu en ce moment sur la scène musicale francophone canadienne?

En ce moment, beaucoup beaucoup de LOUD. J’écoute également Eli Rose, Céleste Lévis, Les Sœurs Boulay, JOLY, Les Rats d’Swompe et Fred Pellerin.

 

Vinyle ou Spotify?

Apple Music pour la commodité, vinyle pour l’expérience.

 

Si quelqu’un veut te communiquer pour t’offrir un contrat de photos, quel est le meilleur moyen pour te rejoindre?

Soit par l’entremise de mon site web, www.mylenedesbiens.ca, mes coordonnées sont toutes là. Ils peuvent également me contacter par l’entremise de ma page Facebook Mylène Desbiens ou un de mes comptes Instagram : @mylenedesbiens pour la photographie digitale ou @35millimylene pour la photographie analogue.

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