8 femmes pour le 8 mars : Céleste Lévis

Pour souligner la Journée internationale des femmes, le 8 mars 2020, nous avons décidé de parler avec huit femmes auteures-compositrices-interprètes d’un peu partout au Canada : Céleste Lévis (Ontario), Caroline Savoie (Nouveau-Brunswick), Rayannah (Manitoba), Michelle Campagne (Saskatchewan), Emma Beko (Québec), Gab Godon (Québec), Sophie Pelletier (Québec), Maryze (C.-B.).

Voici notre entrevue avec Céleste Lévis.

En quelle année es-tu née et à quel endroit?

Je suis native de Timmins, Ontario, et je suis née en 1995.

 

Ta famille parle français?

Oui ma famille parle français.

 

Quelle a été la place du français quand tu étais jeune?

Mes frères et moi avons toujours été à l’école en français. La famille à mon père est francophone et on était chanceux de passer beaucoup de temps chez mes grands-parents.

Sur le côté de ma mère, ma grand-mère est québécoise, mais mon grand-père est anglophone.

Encore aujourd’hui, lorsque nous sommes ensemble, on passe notre temps à sauter d’une langue à l’autre lorsqu’on se parle.

Je dis toujours en rigolant que dans ma famille, nous avons tous des accents différents, car le français occupe une place différente dans chacune de nos vies.

 

 

Qu’est-ce que tu te souviens le plus de ta jeunesse?

Mes plus beaux souvenirs sont au chalet de mes grands-parents Lévis, en famille. Je crois que c’est la raison pourquoi, mes frères aînés et moi sommes aussi proches. Lorsqu’on était jeune, on passait nos journées à explorer et à jouer. En grandissant, le chalet est devenu un endroit d’inspiration pour mon art (visuel et musique). La famille est la chose la plus importante dans ma vie.

 

Pourquoi avoir quitté Timmins?

J’ai quitté Timmins pour continuer mes études à l’Université d’Ottawa. Quand la musique a commencé à prendre plus d’importance dans ma vie, j’ai réalisé que Timmins était un peu trop loin pour poursuivre ma carrière et demeuré là-bas.

Si je pouvais, c’est certain que j’aurais aimé retourner à Timmins pour élever une famille.

 

Comment étais-tu à l’école secondaire ?

À l’école secondaire, je voulais faire absolument tout. J’adorais l’école et je réussissais très bien. Ma plus grande fierté était le groupe de musique de Quand Ça Nous Chante, mais j’ai aussi fait partie de deux différentes productions de comédie musicale, le parlement des élèves, défis jeunesse, et j’en passe.

 

Tu étais sportive quand tu étais jeune?

J’étais très sportive. Je voulais faire tout ce que mes deux frères faisaient. J’ai commencé le ski de fond à l’âge de 3 ans et pas trop longtemps après j’ai commencé le karaté. J’attendais impatiemment la 6e année pour être sur l’équipe de ballon-panier, mais heureusement, j’ai été accepté sur l’équipe en 5e. Le ballon-panier est devenu mon sport favori. Je voulais tout faire pour réaliser mon rêve de devenir joueuse de ballon-panier professionnelle. J’ai alors commencé le Track and field. Entre mes joutes et mes pratiques, je prenais aussi 3 cours de danse et je travaillais fort pour un jour recevoir ma ceinture noire en karaté.

 

Parle-moi de ta maladie, quand tu as eu ton diagnostic et l’effet sur ta vie.

J’ai commencé à avoir des drôles de maux de tête un peu trop souvent au début de l’année scolaire quand j’avais 13 ans. Quand j’ai commencé à ne plus vouloir aller à mes pratiques, c’est là où on a compris que ce n’était pas juste une phase. J’ai été pour mes premiers tests et ma première IRM et ils étaient tous normaux.

Plus le temps avançait, plus j’avais de symptômes. Les maux de tête ont commencé à être de plus en plus fréquents, des fois interminables, et j’ai commencé à avoir des pertes de mémoire, des engourdissements et des évanouissements.

Au fil de huit mois, nous avons vu plusieurs spécialistes, nous avons essayé plusieurs remèdes naturels comme l’acuponcture, naturopathe, etc. et nous avons passé à travers de plusieurs tests et à chaque fois, tout était « normal ». Je ne passais pas plus qu’une couple d’heures à l’école, je ne faisais plus aucun sport et j’avais de plus en plus de symptômes.

Ce n’est qu’au moment que je suis rentré à l’hôpital en chaise roulante, car mes jambes ne pouvaient plus me soutenir, que j’ai passé une autre IRM (peut-être mon 6e depuis le début). Les résultats ont été envoyés à CHEO à Ottawa et j’ai finalement eu ma réponse.

J’ai été diagnostiqué avec la malformation de Chiari. J’ai subi une chirurgie de décompression au cerveau et à la colonne vertébrale. Ils ont enlevé un morceau de mon crâne et le dos de mes premières vertèbres pour faire de la place dans ma tête pour faire circuler le liquide cérébral qui écrasait mon cerveau. J’avais maintenant un trou en arrière de la tête ou mon cerveau n’était plus protégé et je devais arrêter les sports.

Malheureusement, même après la chirurgie, je vis avec des maux de tête chroniques et plusieurs autres symptômes qui m’affectent à chaque moment de la journée. Ça fait bientôt 11 ans que je vis en douleur et que ceci est devenu mon « normal ».

Je suis éternellement reconnaissante d’avoir une famille qui a su me donner la force et le courage pour garder la tête haute. Tout arrive pour une raison et je suis la personne que je suis devenu à cause de cette expérience. Ce n’est que des leçons que j’ai dû apprendre à un jeune âge pour pouvoir apprécier chaque moment que la vie peut m’offrir.

 

En quelle année t’es-tu dirigée vers le chant et pourquoi?

Après tout ce qui m’est arrivé côté santé, j’ai été chanceuse d’avoir pu trouver une autre passion pour occuper mon temps. J’écoutais mon grand-père jouer le piano et j’ai toujours été impressionnée du fait qu’il a appris à jouer par oreille sans avoir pris de leçon. Je me suis mis à apprendre le piano en écoutant des vidéos sur YouTube et apprendre des accords par cœur, et rapidement j’ai commencé à écrire des chansons.

L’écriture de chansons est vraiment ce qui m’a fait tomber en amour avec la musique aussi rapidement.

 

Comment compares-tu tes deux albums?

Lorsque j’ai sorti mon premier album « Céleste », j’avais déjà produit un premier EP avec mes chansons originales qui n’a jamais pu sortir à cause de ma participation à l’émission La Voix. Suite à mon expérience à La Voix, j’ai pu m’entourer d’une équipe professionnelle qui m’a guidé dans ces premières étapes de ma carrière. J’ai pu incorporer plusieurs de mes chansons originales (qui se retrouvaient sur ce EP) que j’avais écrites depuis que j’ai commencé la musique, et aussi collaborer avec des artistes professionnels de longue date. C’était très folk/country et je dis toujours que c’était exactement ce dont j’avais besoin dans le moment.

J’ai eu beaucoup d’expérience entre les deux albums et j’ai pris le temps de prendre les meilleures décisions pour créer le meilleur album possible qui me ressemble à 100%. J’ai autoproduis mon deuxième album « Donne-moi le temps » qui reste du folk avec une saveur indie/pop. Je crois que c’est la preuve de ma croissance comme artiste et comme personne dans les dernières années. Je voulais montrer à l’industrie musicale que je n’étais pas pour disparaître juste parce que je n’étais plus à la télé. Je me suis entourée d’artistes et de professionnels qui me ressemblent et qui croient en mon projet autant que moi. Ce sont les plus belles décisions que j’aurais pu prendre.

 

 

Pourquoi chanter en français?

En grandissant, ce n’était « pas cool » de parler en français. Alors, entre amis, on passait notre temps à se parler en anglais. Une fois arrivé au secondaire, j’étais jalouse de ceux qui se parlaient en français. Histoire courte, j’ai réalisé que le français était pour moi, une passion. Mes premières chansons originales étaient en français et les pratiques et spectacles du groupe de musique Quand ça nous chante à l’école se passaient en français. Le plus que je me suis impliqué dans la francophonie en Ontario, le plus que j’ai réalisé à quel point j’étais fière d’être francophone et comment c’était important de défendre notre langue.

Je donne beaucoup d’ateliers dans les écoles en Ontario et j’essaie très fort de faire comprendre aux jeunes élèves qu’il est possible de rêver et d’avoir une carrière en français et de ne pas avoir peur de notre accent ou de notre fierté.

 

Qui t’a influencé autant dans ton entourage que des artistes que tu as écouté plus jeune?

Une des personnes qui m’a le plus influencé était Joëlle-Renée Éthier, mon enseignante de musique et du groupe Quand Ça Nous Chante. Elle m’a influencé grandement quand ça vient à ma fierté francophone et elle a cru en moi depuis la première fois qu’elle m’a entendu chanter. Elle m’a poussée à être la meilleure artiste que je pouvais être et elle m’a poussé à faire des concours en tant qu’auteure-compositrice-interprète. C’était le début de tout. C’est là où j’ai eu la chance de côtoyer des artistes comme Stef Paquette, Trisha Foster, Cindy Doire et j’en passe. C’était des modèles accessibles francophones et ils m’ont montré que c’était possible avoir une carrière comme auteur/compositeur/interprète francophone.

 

À ce point-ci dans ta carrière, est-ce que tu te considères plus auteure-compositrice ou interprète?

Je me considère plus auteure-compositrice, car mon amour pour la musique a toujours tourné autour de la création. Même quand je suis interprète, j’essaie de créer une façon de reconstruire la chanson pour qu’elle devienne la mienne.

 

La Journée internationale des femmes cette année se tient sous le thème de l’égalité. Comment trouves-tu l’égalité des hommes et des femmes en 2020?

Très honnêtement, je n’ai pas fait assez de recherche pour pouvoir défendre mon opinion sur l’égalité des hommes et des femmes en 2020 partout dans le monde. Mais je peux dire que je sais que les femmes prouvent de plus en plus qu’il n’existe pas de limites et qu’elles méritent la même chance que n’importe qui d’autre. Il faut continuer à en parler et à se tenir ensemble pour changer les vieilles habitudes.

Personnellement, j’ai grandi entourer de garçons. J’avais deux frères plus vieux, leurs amis qui me protégeaient autant qu’eux et un papa très présent dans nos vies. Je crois que j’étais un peu aveugle en grandissant lorsque je pense à l’inégalité chez les hommes et les femmes, car j’ai été entouré d’hommes qui m’encourageaient à faire tout ce que je voulais dans la vie. Je reconnais très bien la chance que j’ai eue d’avoir un système d’appui comme ça tout au long de ma vie. C’est un sujet ou j’aimerais approfondir mes connaissances.

 

Et du côté musical, comment trouves-tu l’égalité dans l’industrie musicale tels que dans les festivals?

C’est toujours choquant de voir le manque de noms féminins dans les line-ups de festivals quand je peux t’écrire une liste éternelle de femmes talentueuses qui sont en train de marquer l’industrie musicale. Nous sommes déjà en train de se battre pour trouver notre place en tant qu’artistes francophones, et il faut aussi ajouter le fait que nous sommes des femmes. C’est doublement difficile.

 

 

Es-tu quelqu’un de spirituel?

J’aime croire qu’il y a quelque chose de plus grandiose que ce qu’on voit. Je dis tout le temps que je crois que tout arrive pour une raison et j’aime croire que tout ce qui m’est arrivé à ce jour est arrivé, car quelqu’un a su que j’étais assez forte pour vivre la vie qu’on m’a donnée.

 

Comment composes-tu? Assise devant un ordinateur ou dans un café?

Je ne suis pas quelqu’un qui écrit tous les jours ou qui force l’écriture en exercice. Je devrais! Mais j’attends toujours ce « feeling » qui se passe dans mon corps quand je trouve la prochaine idée de chanson.

Quand je trouve un mot ou une phrase pour inspirer ma chanson, je dois écrire les paroles et la mélodie en même temps. Ça se fait naturellement.

Je n’aime pas écrire sur un ordinateur. J’ai des milliers de petits cahiers avec des chansons et des idées écrites en surligneurs ou en stylos pour ne pas pouvoir effacer les traces de l’écriture de la chanson.

Prochainement, nous avons reçu une subvention du Conseil des Arts de l’Ontario pour créer des chansons en nous inspirant dans différents cafés. C’est la première fois que je planifie mon écriture et mon inspiration. Marc-Antoine et moi avons très hâte de partager ce projet qui nous inspire autant.

 

En peu de temps, tu as fait ta place dans l’histoire de la musique canadienne. Que penses-tu que tu as apporté de différent?

Premièrement, merci.

C’est difficile de répondre à cette question, car je vois tous les jours tout le talent qui existe dans la francophonie canadienne. Nous travaillons très fort et nous sommes tellement, mais tellement passionné.

De mon côté, je connais mon histoire. Je peux me souvenirs des heures passées à écrire des chansons, à apprendre pleins d’instruments sans prendre de cours, à ramasser de l’argent en chantant pour m’acheter de l’équipement pour faire mes propres enregistrements et à m’impliquer dans absolument tout pour pouvoir apprendre le plus possible sur l’industrie musicale.

Je crois que c’était mon destin de devenir auteure-compositrice-interprète. Je crois que j’avais des expériences à partager en chanson pour que d’autres puissent se retrouver dans mes paroles et mes mélodies et se sentir bien le temps d’une chanson.

J’aime rester positive, car c’est tout simplement la personne que je suis.

J’ai travaillé fort pour trouver ma place dans cette industrie et je réalise que ce n’est que le début.

Je continue à grandir et j’espère toujours que les gens vont continuer à m’écouter.

 

Quelle est ta meilleure chanson selon toi? 100 ans?

Oui, je crois que la meilleure chanson que j’ai écrite, côté paroles et musique, est 100 ans. Je crois que cette chanson est la preuve de mon cheminement professionnel et personnel.

Pour des années, je doutais de mon talent comme auteure à cause de mes choix de mots, de mes anglicismes ou de mes structures de phrases. Je me demandais si ce que j’écrivais était trop « simple ».  Je me comparais beaucoup trop à d’autres artistes du Québec.

J’ai réalisé que je créais ces doutes à partir de quelques commentaires qui ont été faits dans le passé. J’ai ouvert mes yeux aux publics, qui eux partageaient, tout plein d’accents et de façon de dire les choses, qui étaient présents à mes spectacles, sur mes réseaux sociaux et dans leur char en train d’écouter mes albums.

100 ans était une des premières chansons que j’ai écrites pour le deuxième album.  Elle raconte une histoire très personnelle. Écrire cette chanson était un besoin et elle m’a rappelé qu’il n’y a pas juste une bonne façon de dire les choses. Cette chanson raconte exactement ce qu’elle avait besoin de raconter et elle sera toujours là pour ceux qui vont l’avoir besoin.

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